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Affaire Yann Piat : le «complot» Encornet et Trotinette

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Réels ou supposés, pure fiction ou incroyable vérité, rumeurs, théories paranos… Sur Marianne2.fr, c'est l'été de tous les complots. Aujourd'hui, les thèses délirantes du prétendu complot de Léotard et Gaudin pour se débarrasser de la malheureuse Yann Piat !

Affaire Yann Piat : le «complot» Encornet et Trotinette
Le 25 février 1994, Yannick Marie, dite « Yann » Piat, 44 ans, députée UDF du Var, quitte sa permanence de Hyères pour regagner son domicile, la villa le Mas Bleu, située sur le Mont-des-Oiseaux, qui domine la mer. Elle n'arrivera jamais chez elle. Sur la route, elle est prise en chasse par une Yamaha rouge chevauchée par deux hommes masqués par leurs casques intégraux. Ils tirent plusieurs coups de feu sur sa voiture. Yann Piat succombe à ses blessures quelques instants plus tard sous les yeux de son chauffeur.
Le meurtre a tout du « contrat » mafieux. Reste à savoir qui en est le commanditaire. Et là, la liste est longue. Car Yann Piat, qui avait commencé sa carrière politique au Front National - elle est même la filleule de Jean-Marie-Le Pen - avant de rejoindre les rangs de l'UDF semble n'avoir eu que deux ambitions : devenir ministre, d'une part, et se faire des ennemis sur sa terre d'élection, d'autre part. A coups de communiqués de presse quasi-quotidiens pour dénoncer la corruption, elle s'est mise à dos la totalité du milieu varois.

Affaire Yann Piat : le «complot» Encornet et Trotinette
Piat en tombeuse de Fargette !
De fait, ses deux assassins, arrêtés le 4 juin 1994, sont des petits nervis qui travaillent pour un truand local, Gérard Finale, patron du Macama, un bar de Hyères. Bien décidé à devenir un grand baron de la côte, Finale voyait en Yann Piat une empêcheuse de tourner en rond. Il la soupçonnait même d'avoir commandité l'assassinat de Jean-Louis Fargette, le célèbre parrain de la mafia toulonnaise, abattu en 1993 en Italie.
Pourtant, cela ne convainc pas. Et peu à peu, les rumeurs se cristallisent autour d'une autre hypothèse : celle de l'assassinat politique. On évoque une lettre, écrite deux ans plus tôt par yann Piat, et dans laquelle elle affirmait qu'en cas de « mort suspecte ou de « suicide » », il fallait chercher du côté de cinq personnes : Maurice Arreckx (président du conseil général du Var), Bernard Tapie, Jean-Louis Fargette (abattu entre-temps, donc) et deux autres truands. On n'hésite pas, non plus, à lier l'assassinat de Yann Piat à la mort, deux mois plus tard, des frères Saincené, Fernand et Christian, retrouvés asphyxiés dans le garage de leur maison de Tourtour (Var). La justice conclut au suicide ? La rumeur affirme que c'est un double meurtre. Fernand, qui avait travaillé pour le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, n'affirmait-il pas avoir des dossiers sur Jean-Claude Gaudin ? Et, partant, peut-être savait-il qui avait vraiment commandité le meurtre de Yann Piat ?

Affaire Yann Piat : le «complot» Encornet et Trotinette
Le « général »? Un ingénieur à la retraite !
Il faudra cependant attendre octobre 1997 - soit huit mois avant l'ouverture du procès des assassins de la députée du Var - pour que la thèse du vrai gros complot prenne véritablement corps. A cette date en effet, deux journalistes, Jean-Michel Verne et André Rougeot, publient un livre intitulé « L'Affaire Yann Piat, des assassins au cœur du pouvoir ». Une vraie bombe : selon les deux auteurs, qui s'appuient sur le témoignage d'un mystérieux « général », les nervis et le petit truand que la police a arrêtés sont des hommes de paille, la députée s'est en réalité fait descendre par une seconde équipe (qui, elle court toujours). Pire : cette seconde équipe travaillait, non pas pour Finale ou quelque truand que ce soit, mais pour deux hommes politiques, également commanditaires du « suicide » des frères Saincené ! Désignés sous les sobriquets de L'Encornet et de Trotinette, ils sont cependant rapidement identifiés comme étant Jean-Claude Gaudin et François Léotard. D'après Verne et Rougeot (le fait que ce dernier soit journaliste au Canard enchaîné donne du poids à son propos), Yann Piat aurait découvert en 1994, peu avant sa mort, une importante spéculation immobilière de la mafia sur des terrains militaires de la côte d'Azur. Elle en aurait parlé à Gaudin (alors président du conseil régional de PACA) et Léotard (alors ministre de la défense). Or, ceux-cis auraient été, dans cette affaire, associés à l'opération de la mafia. Pour que rien ne capote et que rien ne sorte, ils auraient donc éliminé leur collègue de l'UDF (puis les Saincené qui avaient tout découvert) ! Incroyable… mais pas vrai. Pourquivis en correctionnelle par Jean-Claude Gaudin et François Léotard, les deux auteurs arrivent au procès sans preuve. C'est que le fameux «général», leur unique informateur, s'est révélé être un ingénieur à la retraite qui n'a jamais travaillé pour quelque service de renseignement que ce soit... Bref, « L'Affaire Yann Piat » est une imposture. Le 28 octobre 1997, le livre sera retiré de la vente par Flammarion, son éditeur. Et le 16 juin 1998, Gérard Finale et Lucien Ferri, l'auteur des coups de feu, sont condamnés à la réclusion à perpétuité et Marco Di Caro, le conducteur de la moto, à vingt ans de prison.



Retrouvez le premier épisode de l'été de tous les complots : Opération Jack Bauer.

       

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