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Alerte : Lagardère peut prendre le contrôle du Monde

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Nouveau rebondissement de la crise au Monde : la SRM se réunit lundi pour entendre son Président expliquer de grandes manœuvres qui se préparent au sein du groupe. Enjeu : l’indépendance du quotidien.

Alerte : Lagardère peut prendre le contrôle du Monde
Lundi 7 janvier, Jean-Michel Dumay, le Président de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) – société, qui rappelons-le est le premier actionnaire du Monde avec 23 % de la holding de tête – va réunir les journalistes du quotidien. Un seul point à l'ordre du jour : la crise dite de gouvernance du groupe Le Monde, accélérée par la double démission, en fin de semaine dernière, du président du groupe Pierre Jeantet et du Vice-président Bruno Patino, lequel reste cependant à la tête de Télérama et du Monde Interactif, ce qui, on va le voir, n'est pas anodin. Le Président de la SRM apportera aux journalistes du Monde des éléments d'information tendant à démontrer que cette double démission risque de faire passer le groupe sous le contrôle des groupes Lagardère et Prisa (El País). Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut reprendre le fil des événements de cette crise, que Marianne2 a déjà évoquée


Alerte : Lagardère peut prendre le contrôle du Monde
Fottorino retrouve la SRM
Lorsque les trois membres du directoire démissionnent de leurs fonctions voici trois semaines, le motif invoqué semble peu crédible. Jeantet, Fottorino et Patino reprochaient au conseil de la SRM d'avoir diffusé par Intranet (ce qui revenait à le rendre public) le différend qui l'opposait à Bruno Patino concernant la filiale Internet. Cette critique, même justifiée, méritait-elle une démission risquait de créer une vacance du pouvoir dans le groupe ?
Jean-Michel Dumay a donc tenté de recoller les morceaux. Dans un premier temps, Pierre Jeantet a paru attentif à ses propositions de conciliation. Puis, le PDG du Monde s'est montré de plus en plus distant. Pour lui comme pour Bruno Patino, le pôle Internet du groupe a su faire fructifier de nouveaux savoir faire – la régie interne, le référencement, les technologies – ; à ce titre, elle doit bénéficier d'une pleine autonomie pour assurer son développement dont les retombées seront positives pour le groupe.
Autre grief de Pierre Jeantet contre la SRM : non content de valider les options de développement d'Internet, celle-ci résiste au projet de recapitalisation du groupe. Or, compte tenu du taux d'intérêt consenti aux entreprises qui ont prêté 75 millions d'euros au Monde (5,5%), la transformation de ces ORA (obligations remboursables en actions) en actions permettrait une économie nette de 4 millions d'euros par an, ce qui rapprocherait le groupe de l'équilibre.
De son côté, la SRM considère cette option comme dangereuse puisqu'elle lui ferait perdre le contrôle du groupe. Du coup, Pierre Jeantet estime sa mission impossible dès lors qu'il ne peut ni recapitaliser l'entreprise ni la gérer comme il l'entend. Il a donc confirmé sa démission. Il part du groupe – une fois n'est pas coutume – sans indemnité.
En revanche, Eric Fottorino est revenu sur sa position. Il semble avoir compris que la démission du Directoire laissait les mains libres à Alain Minc. Lequel envisage de faire remettre les clefs de la maison à un administrateur provisoire susceptible de procéder à une recapitalisation du Monde. Selon la SRM, Alain Minc travaillerait à un tel schéma, en collision probable avec certains membres du management du Monde, pour lesquels le pouvoir de la SRM est devenue une entrave à la bonne marche de l'entreprise (« on ne peut gouverner un groupe avec des AG »), dit l'un d'entre eux.

Patino sur la sellette
Pourquoi une recapitalisation – que pourrait favoriser la nomination d'un administrateur provisoire – permettrait-elle à Lagardère et Prisa de monter au capital du groupe ? Un retour rapide de la situation capitalistique du groupe français et du groupe espagnol donne une idée sur l'identité possible des candidats possibles à la reprise du Monde. Les deux investisseurs ont placé leurs billes à un point stratégique dans l'architecture du groupe : Le Monde SA. Cette société est encore détenue majoritairement par la holding LMPA (Le Monde Partenaires Associés). Mais il suffirait de quelques points pour que LMPA passe sous la barre des 51%, ce qui permettrait aux deux groupes, via un pacte d'actionnaires, de parvenir à contrôler la société, et donc à la fois la filiale Internet (Le Monde Interactif) ainsi que le quotidien et les autres journaux du groupe (Télérama et Courrier Intrernational notamment). L'alliance entre les deux groupes est d'autant plus crédible qu'ils sont parfaitement complémentaires : tandis que Prisa pourrait appliquer au quotidien papier les méthodes commerciales qui ont fait le succès d'El País, Lagardère pourrait se concentrer sur les activités du Monde Interactif, ce qui correspond à la priorité stratégique qu'Arnaud Lagardère entend donner à son groupe. .
On notera également que le comportement de Bruno Patino, le manager en vue dans le groupe, suscite de plus en plus de questions dans les couloirs du Monde. Où l'on rappelle tout ce qui le rapproche des intérêts du groupe Lagardère : son passé de secrétaire général de la branche Littérature de Hachette, entre 1997 et 1999, son insistance à séparer la rédaction Internet de celle du quotidien, qui ménageait fort bien les intérêts du groupe Lagardère ; son rôle essentiel dans la finalisation de l'accord qui lie Lagardère et le groupe Le Monde au sein de la filiale Le Monde Interactif. Rappelons en effet que Lagardère occupe, comme actionnaire, une position de force dans cette filiale : aux 34% détenus en propre s'ajoutent les 17% de Lagardère dans Le Monde SA, société majoritaire dans Le Monde Internactif, ce qui aboutit à ce que sur 100 euros de profits de cette filiale, 49 renforcent les fonds propres de Lagardère Active.
Tout concorde donc à donner une certaine crédibilité, que ne contredisent pas certains managers du groupe, à un schéma de redéploiement du groupe à partir d'un nouveau socle actionnarial Lagardère-Prisa voire de La Stampa, troisième associé du Mond. À ce socle pourrait s'adjoindre, selon certains, le groupe Bolloré, déjà partenaire du Monde au sein du gratuit Le Matin+.

La SRM dispose encore de cartouches

Pour autant, ce schéma n'est pas inévitable loin de là. Il suppose dans un premier temps que le Conseil de surveillance du Monde, qui rassemble les représentants des actionnaires, refuse de valider la proposition de la SRM de nommer Eric Fottorino Pdg du groupe. Les représentants des sociétés de personnels ont tenté, la semaine dernière, d'approcher plusieurs actionnaires externes (il s'agit de représentants de banques, de compagnies d'assurances et de grandes entreprises) pour leur expliquer la situation et la nature du conflit opposant la SRM à Bruno Patino. A l'exception notable de celui de Jean-Louis Beffa, lusieurs rendez-vous ont été pris puis annulés sous prétexte de ne pas heurter Alain Minc, dont l'influence semble s'être maintenue au sein du Directoire - on l'accuse d'être l'instigateur de la démission collective initiale de ses trois membres - comme du Conseil de surveillance, ce qui est paradoxal puisque son départ du Monde, entérné par un vote, est programmé pour le mois de mars 2008.
Mais même dans l'hypothèse où un administrateur judiciaire viendrait à être nommé, il faudrait ensuite qu'il se prononce en faveur d'une recapitalisation, qui, selon la SRM, ne s'impose absolument pas. D'abord parce que le groupe, insiste le Président de la SRM, a vu son endettement réduit par la vente du groupe Midi Libre : sur les 90 millions du produit de cette vente, 45 ont été mobilisés pour rembourser les emprunts en cours, le solde constituant une réserve de trésorerie mobilisable pour les deux années à venir. Il n'y a donc pas le feu au lac et rien ne justifie de faire appel au Tribunal de commerce soutient Jean-Michel Dumay :« Selon le plan préparé par Pierre Jeantet avant sa démission, l'entreprise pourrait être totalement désendettée à la fin 2008. Et les échéances de remboursement des ORA ne portent que sur 5 millions d'euros pour 2009. » Le groupe dispose donc de quatre ans jusqu'à 2012 pour développer une stratégie lui permettant de rembourser ces ORA sans perdre son indépendance. Or, le plan Jeantet prévoyait un bénéfice annuel de 10 millions d'euros qui permettrait de rembourser une grande partie des ORA.
Deuxième argument de la SRM, celle-ci est tout à fait prête à accepter un plan d'économies impliquant des réductions d'effectifs dans le groupe, ce que confirme d'ailleurs Pierre Jeantet.
La destin du groupe Le Monde est donc entre les mains du Conseil de Surveillance qui se réunira avant le 15 janvier. Une réunion activement préparée par son président Alain Minc. Ce week-end, ce dernier a fait étudier par ses juristes-conseils un point précis dont tout dépend : Le groupe Le Monde peut-il être dirigé par un seul des trois membres du directoire qui en avaient la responsabilité ? Si c'est le cas, Minc se prévaudra du droit pour faire entériner par les actionnaires externes le refus de voter pour Fottorino. Dans le cas inverse, la bataille sera plus frontale, et plus délicate : face à la SRM qui dénoncera un putsch mettant Le Monde dans l'escarcelle d'un groupe dirigé par Arnaud Lagardère, ami de Sarkozy, les grands patrons représentant les actionnaires extérieurs seront-ils encore solidaires d'un Alain Minc sur le départ ?

       

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