|
|
Denis Collin, avec et sans Marx
Loin des marxistes dogmatiques, Denis Collin renouvelle un regard sur l'utopie marxiste en s'inspirant du travail critique du Marx sociologue et des ambitions politiques véhiculées par sa philosophie.
Qui aurait pu se risquer à prévoir il y a quelques mois encore que Marx, hier marque de ringardisme dans le discours officiel, connaîtrait aujourd'hui une seconde jeunesse ? Des papiers dans la presse aux déclarations des politiques de tout bord, la référence à Marx est tout aussi insistante que sa mise au rencard a été unanime dans la décennie écoulée. Les éditeurs publient des livres de Marx et sur Marx. Des colloques marxistes se tiennent et trouvent une certaine publicité. La crise en est la cause, dit-on, qui vient mettre à bas la croyance dans les bienfaits éternels du capitalisme. Toute la gamme refait surface. Il y a les vedettes du marxisme officiel, des rebelles estampillés, ceux qui regrettent Mao (Badiou) et ceux qui soutenaient hier encore le traité européen concocté par Giscard (Negri dont on se rappelle les tirades contre cette « merde d’État Nation »). Avec précipitation, tous ceux-là veulent occuper un terrain qu'ils craignent dans le débat de voir se dérober sous leurs pas. Le livre de Denis Collin, Le cauchemar de Marx (éditions Max Milo, 2009) se situent délibérément en dehors de cette « mouvance marxiste ». Pour résumer son propos, on pourrait reprendre un partie du titre de la dernière partie, « avec et sans Marx ». Avec Marx dont l’analyse du mode de production capitaliste permet de comprendre la crise actuelle: les développements sur le rôle du capital, la réfutation de l’analyse de la crise comme crise de sous-consommation populaire ou crise de surprofits. Ici l’auteur mène une démonstration rigoureuse que devraient lire ceux qui proposent comme remèdes à la crise une nouvelle potion de keynésianisme. Avec Marx contre le marxisme : le livre de Denis Collin propose une perspective cavalière sur cent cinquante ans d’histoire du mouvement ouvrier. Il montre comment le marxisme de la deuxième internationale (socialiste) et celui du mouvement communiste tournent le dos au communisme de Marx. À l’encontre des opinions courantes, l’auteur montre la profonde continuité entre le marxisme de la social-démocratie (principalement la social-démocratie allemande) et celui des partis communistes staliniens. En passant, il réfute la théorie facile, soutenue par tous les groupuscules révolutionnaires, de la trahison des dirigeants. Les chefs socialistes et communistes ont peut-être trahi les illusions qu’entretiennent à leur égard les gauchistes, mais ils sont restés des partis défendant les intérêts des salariés à l’intérieur même de la société actuelle et la décomposition tant du socialisme que du communisme apparaît comme la conséquence presque fatale des objectifs que ces mouvements s’étaient fixés à leurs débuts. Au bout de cette lecture, il ne reste pas pierre sur pierre des édifices idéologiques qui ont fait de l’URSS, de la Chine le lendemain, les patries supposées sur socialisme et du communisme. Avec et sans Marx: Denis Collin maintient comme perspective alternative au capitalisme le communisme. Mais un communisme qui refuse l’utopie d’une société sans État, sans contradictions sociales et dans laquelle régnerait l’abondance. L’auteur tente de donner un sens nouveau à ce communisme dont Marx disait qu’il est le « mouvement réellement existant ». Son communisme n’est pas un programme achevé mais un idéal qui reposerait sur la synthèse des idéaux égalitaires et coopératifs du communisme et d’un républicanisme reposant sur la souveraineté populaire et une organisation des institutions protégeant les citoyens contre toute domination. Comme c’est souvent le cas dans ce genre d’ouvrage, ce qui manque le plus, ce sont des idées précises sur la manière dont une nouvelle société pourrait se construire. Denis Collin présente son communisme plutôt comme un idéal moral que comme une nécessité historique. Mais qu’est-ce qui pourrait contraindre les individus à adopter cet idéal moral alors que le capitalisme, cahin-caha, promet l’accroissement continuel de richesses matérielles qui semblent bien plus attrayantes et immédiatement tangibles. Quelques questions essentielles pour les millions d'hommes et de femmes qui subissent les dégâts du capitalisme en crise et qui s'interrogent sur la possibilité d'un système alternatif basé sur l'intérêt et la défense du bien commun... Téléchargez l'application iPhone de Marianne2.fr : http://itunes.apple.com
|
|


del.icio.us
Digg
Commentaires ( posté):
Postez votre commentaire