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L'utopie de la croissance infinie

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Par Laurent Laurent, qui retourne l'argument des détracteurs de la décroissance selon lequel celle-ci serait illusoire.

L'utopie de la croissance infinie
Furieux, la semaine dernière, (j'ai failli casser un vase de rage), lorsque j'ai entendu Élie Cohen, économiste faisant autorité, parler de « l'utopie de la décroissance » et balayer d'un revers de la main avec un grand « pffffouh », un avenir qui pourrait ne pas être basé sur la croissance. Ah, mon Dieu !

Avec bien d'autres parleurs du moment, ils se renfrognent en leur double menton, comme s'il était absolu que notre salut dépende d'une croissance. Comme on dirait qu'une pomme lancée retombe à terre et qu'après la nuit vient le jour, toujours. Qui en disconviendrait selon eux ? Ah malheur ! (je casse le vase)

Pourquoi ce courroux ? Parce que la décroissance, nous y sommes dedans jusqu'au genou ! Pas la peine de la prédire, elle a déjà commencé, là, partout.

Que ce soit par notre moindre consommation constatée, soit parce que c'est trop cher, soit parce qu'on a moins de revenus, soit parce qu'on fait des économies, inquiet de l'avenir, soit par civisme écologique. Nous voilà, chers amis, dans la décroissance.

Nous avons des chiffres : moins 10 % d'essence consommée en France entre juin 2007 et juin 2008 (avant la méga-crise) : ça, c'est de la décroissance de toute façon. Ensuite, le prix du pétrole qui retombe, du fait, entre autres de la diminution de la demande qui fait baisser les cours. C'est aussi de la décroissance. Ensuite, la fin du crédit facile parce que demain nous n'aurons pas de croissance pour rembourser en confiance, c'est encore de la décroissance en barre.

Globalement, l'utopie a changé de camp. C'est aujourd'hui la croissance infinie qui est irréaliste. Les années 80 où l'on « flambait » sont finies. Fini aussi l'après-guerre, et les deux siècles de développement industriel lourd.

Jacques Attali et le « retour à l'âge de pierre »
Hier matin encore, Jacques Attali, (qui n'en loupe pas une) prêchait la croissance… à moins de vouloir le « retour à l'âge de pierre ». C'est ce discours qui est passéiste, réducteur, obsolète et donc néfaste aujourd'hui.

Faudra-t-il que nous cassions tous des vases ? Regardons cette croissance.

Elle se mesure, on le sait, par l'augmentation de points de PIB. PIB qui n'est autre que le résultat des énergies dépensées, au bout du compte. Pour vivre et croître à tous les niveaux, tous et chacun. Alors tout d'abord, si ce PIB restait constant à population constante ? Puis, s'il diminuait même de quelques point pour réduire la dépense de CO2 et l'effet de serre qui nous menace ? Enfin, si le PIB était mieux réparti, notamment pour remonter le niveau de vie du quart de la population la plus démunie ? Non pas en consommant tous plus, mais en rééquilibrant un tant soit peu les richesses et les consommations ?

L'un des projets de cette société de décroissance serait de dépenser de l'énergie dans le but… de dépenser moins d'énergie. Et au vu de ce que l'on gaspille, nous n'aurons pas de mal.

La décroissance globale ne veut pas dire un retour en arrière. Mais plutôt comme un accroissement de civilisation. Un moindre gaspillage. Un raffinement au lieu d'un raffinage… (ok). Un pays moins consommateur mais plus habile pour aller vers notre rêve commun : un maximum de bonheur avec un minimum d'énergie.

Oui, tant mieux : adieu nos rêves de croissance, nos trois voitures, nos trois maisons dont deux avec piscines et les voyages fréquents autour du monde. On entend aussi, çà et là, des balivernes à casser des vases comme : « les gouvernements Sarkozy, et puis Obama ne pourront rien, car ils n'ont pas de marges de manœuvre, les caisses sont vides ». Non, on pense encore croissance, constructions, nouveaux équipements… Non pas forcément. Ces gouvernements ont des marges de manœuvre très simple : changer les normes. C'est gratuit. C'est gratuit de faire des lois. De changer le taux d'imposition. Augmenter les impôts des plus riches. Comme Roosevelt l'a fait à partir de 1933. Oui, de taxer le capital. Ça ne coûte rien et ça rapporte à l'État. Taxer les 100 milliards de bénéfices des entreprises du CAC40. Et bien d'autres normes encore. Récupérer, au passage des niches fiscales sans objet de nos jours.

La décroissance, ce sont les consommateurs qui sont en train de la faire, tous seuls. Lorsqu'ils cassent des vases, il n'en rachètent plus car il y en a déjà trop.

Retrouvez Laurent Laurent sur son blog .

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