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Le Non irlandais, nouvelle chance de l'Union pour la Méditerranée ?

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Première partie d'une enquête sur les coulisses de l'Union pour la Méditerranée qui doit être créée le 13 juillet. Aujourd'hui : comment Henri Guaino a récupéré un projet qui devait être confié à Michel Rocard.

Le Non irlandais, nouvelle chance de l'Union pour la Méditerranée ?
C'est une bataille sourde qui se mène depuis un an dans les couloirs du pouvoir sarkozyste et de l'Union européenne. Une de ces guerres intestines dont les échos ne parviennent jamais aux oreilles du public. Ce n'est pas une guerre de Troie mais c'est une guerre à trois. Qui partage, certes, l'Allemagne et la France comme on a pu le lire, mais aussi Bruxelles, qui n'est pas restée inactive sur le dossier. Sans parler des divisions franco-françaises.

Une bluette pour eursosceptiques grognons ?
Qui est à l'origine de l'Union pour la Méditerrranée qui sera portée sur les fonds baptismaux le 13 juillet à Paris ? Officiellement, le candidat Sarkozy lance l'idée dans son discours du 12 février 2007, au coeur de sa campagne présidentielle. Très vite, on apprend que l'Union pour la Méditerranée est le dada de son conseiller spécial Henri Guaino. Homme du Sud (il est Arlésien), Méditerranéen militant, resté critique à l'endroit de la technocratie bruxelloise, Guaino y voit sans doute l'occasion de sortir de son rôle de plume et de marquer de son emprunte le quinquennat. Pour lui, l'UPM résonne comme une sorte d'alternative à l'Europe, une Europe des âmes qui s'imposera à l'Europe des billets car elle repose sur la vraie vie.
Mais on aurait tort de percevoir l'UPM comme une simple bluette pour eurosceptiques grognons, comme la presse bien pensante aime trop à le montrer. La quintessence du projet repose d'abord sur l'idée, très partagée au sein des élites, selon laquelle l'économie et la culture peuvent contourner ce que la politique ne parvient pas à dépasser. Cette fameuse méthode Monnet, du nom de l'inventeur, ou, plutôt l'architecte de l'Europe, n'était-elle pas elle aussi fondée sur ce postulat ? Autrement dit, seul le doux commerce des marchandises et des intelligences peut permettre à la Méditerranée de transcender tous les conflits qui émaillent son espace : le conflit isrtaélo-arabe, mais aussi le conflit algéro-marocain et autres rivalités locales comme le conflit chypriote entre Turcs et Grecs. Rappelons ce qu'Henri Guaino disait de ce projet à Marianne2 cet hiver :



Un projet politiquement correct
En fait, Henri Guaino n'est pas le seul à avoir travaillé sur un projet qui se situe, finalement, en cohérence avec la logique européenne. Deux ans auparavant, Jean-Louis Guigou avait lancé une idée voisine. Ce haut fonctionnaire a été délégué général de la Datar entre 1997 et 2002. Il est le mari d'Elisabeth Guigou. Le gouvernement Raffarin lui avait confié une mission d'identification et de valorisation des scientifiques travaillant sur la Méditerranée, laquelle a donné lieu à la création d'un Institut de prospective économique du Monde méditerranéen dont il est devenu délégué général. Guigou, proche de Bernard Kouchner qui l'a encouragé à se mêler de l'affaire, est tout sauf eurosceptique. De même le député Renaud Muselier ne fait-il pas partie des derniers nostalgiques du franc. Il est l'auteur d'un rapport sur le thème «Comment construire l'Union pour la méditerranée dont le projet s'inspire en grande partie.

Le Non irlandais, nouvelle chance de l'Union pour la Méditerranée ?
Autre preuve du caractère «politiquement correct» de l'UPM, à l'automne 2007, Nicolas Sarkozy veut en confier la responsabilité à Michel Rocard. Et c'est l'accident vasculo-cérébral du sénateur socialiste qui conduit Henri Guaino à prendre en charge le projet, sur lequel lorgnait Bernard Kouchner. Guaino récupère d'ailleurs ainsi Alain Le Roy, rocardien, nommé depuis Ambassadeur du projet . Autour de ce dernier s'est constituée un Comité de pilotage, soit une équipe d'une douzaine de hauts fonctionnaires qui travaillent assidument – mais dans l'ombre – pour faire du lancement de l'UPM, le 13 juillet prochain un succès. Cette équipe est organisée autour de différents pôles de compétence : Immigration-justice-police, développement durable (transports, énergie), enseignement et recherche, culture. Tout ce petit monde est «logé» à l'Hôtel Marigny, dont la vocation est d'accueillir les chefs d'état étrangers, mais qui est vide depuis que ces derniers préfèrent passer leurs séjours parisiens à l'Hôtel Crillon....

A l'origine, le comité de pilotage devait fonctionner jusqu'à la fin de la Présidence française, en décembre 2008. Mais le non irlandais risque de prolonger la mission qui lui est confiée. On arrive ici au cœur de la polémique diplomatique de l'UPM.
Au début de l'année 2008, Henri Guaino se rend en Allemagne pour présenter les contours du projet au gouvernement allemand. Le Ministre des Affaires étrangères étant absent, il doit se contenter de rencontrer M. Gernot Erler (SPD), secrétaire d'état. C'est peu dire que l'entretien se passe mal. L'homme se serait montré, selon Henri Guaino arrogant , menaçant voire insultant, accusant la France de vouloir «casser l'Europe».


Demain : Jouyet accusé de forfaiture (suite et fin de l'article)

       

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