Actualite credit finance bourse patrimoine assurance: Ma semaine allemande : Sarkozy ne fait pas la Une ! Ma semaine allemande : Sarkozy ne fait pas la Une ! ================================================================================ Marianne2.fr on 16 August, 2008 12:51:00 Retrouvez chaque semaine la chronique d'Édouard Husson, historien de l'Allemagne contemporaine. VENDREDI 8 AOûT 2008 Une information destinée à détromper tous ceux qui croient que la France est aussi inefficace que l'Allemagne est un modèle d'efficacité. Une mère de famille, député libéral (FDP), membre de la commission consultative «Enfance» du Bundestag voulait faire interdire les œufs surprise «Kinder» au prétexte que la différence entre la partie comestible et la partie jouet n'est pas claire pour les enfants. Avant de reculer devant le lobbying de l'entreprise fabricante et du fait du peu de soutien des associations de défense des consommateurs, cette maman poule a pris le temps d'expliquer qu'il n'était pas sûr que les parents sachent expliquer à leurs enfants que la petite boîte jaune ne se mange pas. Le législateur aurait donc tout intérêt à prévenir les accidents possibles. Infantilisation, déresponsabilisation, plaidoyer pour toujours plus de règlement des cas particuliers (cette inflation législative qui rend la loi exsangue), tous les travers du monde occidental actuel sont au rendez-vous dans ce qui n'est pas qu'une anecdote. Voilà à quoi s'occupe un membre du Bundestag quand le principal problème est l'augmentation en Allemagne du nombre d'enfants vivant dans une famille considérée comme en-dessous du seuil de pauvreté ! LUNDI 11 AOûT 2008 Chut ! Vous ne le répéterez pas à Nicolas Sarkozy mais la presse allemande parle très peu de lui quand elle évoque la médiation entre la Russie et la Géorgie que tente l'Union européenne. C'est parce que la France a la présidence de l'Union européenne que notre omniprésident recueille actuellement le soutien du gouvernement allemand. Si j'en crois les médias d'outre-Rhin, le ministre des Affaires étrangères, Monsieur Steinmeier, concerte régulièrement le chancelier, madame Merkel, à propos des initiatives du Président en exercice de l'Union européenne. A la différence de ce qui se passait il y a un an, lorsque madame Merkel était outrée de la tendance du Président français à tirer la couverture médiatique à lui dans l'affaire des otages bulgares, elle n'est pas mécontente, cette fois, que Nicolas Sarkozy soit aussi exposé. L'Allemagne est en effet extrêmement ennuyée de la tournure prise par l'affrontement indirect entre les États-Unis et la Russie dans le Caucase. Les tensions entre la Russie et les États-Unis augmentant, le chancelier allemand et ses ministres préfèreraient ne pas devoir désavouer trop ouvertement les États-Unis en même temps qu'ils s'inquiètent de tout ce qui pourrait compromettre de bonnes relations avec la Russie - que l'Allemagne n'a jamais abandonnées, au XXe siècle, sans devoir le payer chèrement. C'est là que Nicolas Sarkozy est utile. La diplomatie allemande a horreur de devoir choisir entre des antagonistes, surtout quand ils sont nécessaires à l'architecture multilatérale de sa diplomatie, au service d'une économie qui dépend, pour presque la moitié de son PIB, des exportations. L'Allemagne est certes dans l'alliance occidentale mais elle voit celle-ci comme un gage de stabilité, non comme une structure impliquant en affrontement inéluctable avec le camp d'en face, qu'il s'appelle Russie ou Iran. L'Allemagne veut des relations économiques stables à l'abri du parapluie occidental. Elle ne prendra jamais le parti de la Russie ou de l'Iran mais elle voudrait bien ne pas avoir à contredire ouvertement les États-Unis. Gerhard Schröder avait quelque peu brusqué la diplomatie allemande (et Joschka Fischer) lorsqu'il avait formulé un veto allemand à la guerre en Irak. Madame Merkel est, à l'opposé de Gerhard Schröder, atlantiste de cœur ; elle l'est même plus que la moyenne des Allemands ; mais elle est chancelier de grande coalition et tout débordement pro-américain lui vaudrait immédiatement un rappel à l'ordre de monsieur Steinmeier, l'ancien collaborateur de Gerhard Schröder ; le monde économique allemand a, depuis deux ans et demi, fait comprendre à madame Merkel qu'il voulait pouvoir investir tous azimuts, à l'abri des structures occidentales, certes, mais loin de tout conflit. Voilà pourquoi madame Merkel laisse Nicolas Sarkozy se glorifier de son rôle de médiateur. MARDI 12 AOûT 2008 On parle peu de l'anniversaire de l'édification du Mur de Berlin. Un autre signe que l'Allemagne n'entre pas dans la rhétorique de la «nouvelle guerre froide» avec la Russie. MERCREDI 13 AOûT 2008 Après le Tour de France, les Jeux Olympiques. Les médias allemands sont remplis de dénonciations du dopage dans le sport, bien plus que les médias français. Il y a bien entendu le passé est-allemand : les athlètes de RDA étaient maîtres en la matière ; aussi la méfiance vis-à-vis d'une forme d'eugénisme, du fait du passé nazi. Il y a aussi l'éthique (kantienne). Les Allemands voudraient un «sport propre» ; le respect par tous de règles de bonne conduite. Admettons que les sportifs allemands soient plus que d'autres imprégnés de cette éthique de l'effort, du métier de sportif, qui dégouline des journaux. Le plaidoyer impuissant pour des règles respectées par tous rappelle l'attitude des Allemands dans le système monétaire international : depuis les années 1960 au moins, les Allemands ne cessent de réclamer la maîtrise de l'augmentation de la masse monétaire ; et celle-ci ne cesse d'augmenter, de façon exponentielle, quels que soit les plaidoyers monétaristes de la Buba hier, de la BCE aujourd'hui. Les deux questions se tiennent : la professionnalisation du sport, avec ses récompenses financières et ses contrats publicitaires mirobolants, a accompagné, depuis les années 1970, la mise à disposition par la Fed et par les autres banques centrales de liquidités et de moyens de crédit si gigantesques qu'on doit les investir frénétiquement quelque part, sans quoi les monnaies de papier se dévalueraient encore plus vite qu'elles ne le font. Quand ce ne sont pas les marchés d'actions ou l'immobilier, c'est le sport. L'argent du sport conduit inévitablement au dopage. Il y a une inflation des records comme il y a une inflation des prix, des actions ou des prix de l'immobilier. A nos amis allemands je voudrais dire, en m'inspirant une formule de Rueff : «Rétablissez l'ordre monétaire, vous aurez la fin du dopage», entre autres bienfaits. Le sport redeviendra intéressant en même temps que lui seront retirées ces liquidités surabondantes qui tuent l'éthique du sportif et font du téléspectateur un complice des tricheries. Rétablissons l'étalon or pour avoir de vraies médailles d'or. JEUDI 14 AOûT 2008 C'est la première bonne nouvelle depuis longtemps en politique étrangère. Il y a un an, on pouvait craindre la surenchère entre madame Merkel et Nicolas Sarkozy pour s'afficher plus atlantiste. Entretemps, la crise financière, monétaire, énergétique, semble avoir donné aux dirigeants des deux pays un sens plus juste des rapports de force dans le monde. On se retrouve dans une combinaison qui semble rappeler l'opposition commune de Gerhard Schröder et Jacques Chirac à la guerre en Irak. L'Union européenne semble se diviser selon la même ligne de fracture : la «vieille Europe», autour de la France et de l'Allemagne, acceptant tacitement la contre-offensive russe dans le Caucase ; la Grande-Bretagne et les anciens pays du bloc soviétique (ou du moins leurs gouvernements) étant très hostiles à la Russie. Ne surestimons pas l'opposition de l'époque à la politique américaine par le gouvernement allemand (Gerhard Schröder n'a jamais interdit l'espace aérien allemand aux avions américains) ; ne sous-estimons pas, à l'inverse, ce qui se passe actuellement. Madame Merkel se rend vendredi en Russie et en Géorgie. La plupart des condamnations formulées par les diplomates ou des hommes politiques allemands concernant «l'agression russe» sont prononcées pour la forme. L'ambassadeur de Russie en Allemagne n'a pas beaucoup à faire pour trouver des oreilles attentives lorsqu'il parle de «partenariat stratégique» entre l'Allemagne et la Russie. Les Allemands veulent la paix et la stabilité sur le continent. Cela passe par une évaluation réaliste du poids retrouvé de la Russie. Madame Merkel doit ravaler ses convictions atlantistes si elle veut continuer à gouverner l'Allemagne. On n'avait sans doute pas fait attention à l'opposition commune franco-allemande à l'intégration de l'Ukraine et de la Géorgie lors du dernier sommet de l'OTAN. Voilà la confirmation que ce n'était pas seulement un feu de paille. Le danger d'une guerre avec l'Iran, conflit que le gouvernement Bush aimerait bien voir Israël déclencher à l'automne, pèse lourdement sur l'attitude allemande. Les Allemands savent comme les Français que toute l'économie mondiale serait définitivement déstabilisée par les représailles indirectes que les Iraniens exerceraient s'ils étaient attaqués. L'Allemagne, pour qui les exportations représentent 47% du PIB, en souffrirait sans doute encore plus que la France. Berlin veut préserver la paix, maintenir un minimum de stabilité économique et pour cela, en ce moment, il faut prendre (modérément) ses distances avec Washington ; utiliser toutes les ressources de la diplomatie multilatérale (en particulier l'OSCE). Et pour cela : vive la coopération franco-allemande ! Oublié le caractère insupportable du Président français ! Retrouvez les semaines allemandes d\'Edouard Husson en cliquant ici.