Par Jean-Michel Quatrepoint, éditorialiste à la Lettre A. Les crises - financière, énergétique, alimentaire... - se font toujours plus menaçantes en Occident. Et ce n'est pas fini !
La purge ne fait que commencer ! Sans vouloir jouer les Cassandre, force est de constater que tous les ingrédients d'une crise économique mondiale se mettent peu à peu en place. Certes, on a déjà connu des coups de tabac sur les marchés, des krachs, des baisses de prix dans l'immobilier, des hausses du pétrole et des matières premières, de l'inflation, un crédit rare et cher. Mais cela fait bien longtemps - au moins depuis 1973 - que nous n'avions pas été confrontés à tous ces phénomènes en même temps. La crise financière, qui a éclaté à l'été 2007 avec les
subprimes, n'en est qu'à ses débuts. La facture atteindrait au minimum 1 000 milliards de dollars et les banques n'en ont purgé qu'un tiers. Tous les établissements, même ceux qui paraissent les plus solides, sont en fait vulnérables. Car on va s'apercevoir que leurs fonds propres ne sont pas aussi réels que l'on veut bien le dire, mais doivent beaucoup à l'imagination et à l'ingénierie financière.
Pénurie de crédit
Aux
subprimes, saupoudrées aux quatre coins de la planète financière, vont s'ajouter les LBO. Ces achats-reventes d'entreprises ou de paquets de logements ou de bureaux, financés exclusivement par de la dette, ont été, eux aussi, disséminés, pour ne pas dire dissimulés, dans les bilans des banques. Il y en aurait pour quelques centaines de milliards de dollars supplémentaires. Les entreprises, les mètres carrés étaient devenus des ballons de rugby que les fonds de LBO se repassaient entre eux. Le ballon a fini par tomber à terre et la partie s'est arrêtée. Aujourd'hui, tout se gèle. Il n'y a plus d'acheteurs. On est passé brutalement d'un excès de liquidités, dû à une économie de la dette favorisée par le laxisme monétaire des banques centrales, à une pénurie de crédit. Le tout aggravé, en Europe, par la hausse des taux de la BCE. Ce n'est pas tant que l'argent ne soit plus là. Mais plutôt que personne ne veut prendre le moindre risque. On va glisser d'un extrême à l'autre. L'immobilier n'aura plus son carburant. Les fusions-acquisitions et les LBO non plus. Le Credit Crunch va donc s'étendre aux investissements des entreprises. Or, le monde ne souffre pas d'un excès, mais d'un manque d'investissement. C'est là un des effets pervers de la financiarisation et de la globalisation. Au nom de la rentabilité immédiate, fonds et multinationales ont privilégié le court terme. Les profits étant utilisés pour financer les dettes des LBO, les fusions-acquisitions, les rachats d'actions destinés à faire monter les cours et à valoriser les stock-options. Le tout, au détriment du long terme.
Le spectre de la stagflation
La crise énergétique - et l'envolée des prix qui en découle - vient certes d'une augmentation de la demande, mais aussi d'un sous-investissement dans l'exploration pétrolière et le développement des énergies durables. La crise alimentaire est due aux mêmes facteurs. La spéculation ne faisant qu'amplifier et aggraver la situation. Crédit rare et cher, croissance en berne, inflation montante, moral en chute libre… Le spectre de la stagflation hante l'Occident, mais les nuages s'amoncèlent aussi sur la Chine et l'Asie du Sud-Est. Seuls ceux qui sont assis sur des biens indispensables, les producteurs de matières premières, vont tirer dans l'immédiat leur épingle du jeu. Si l'on veut éviter que le pouvoir économique ne bascule définitivement de leur côté, il va falloir réinventer un modèle de croissance, à base d'innovation, d'investissements massifs à long terme, qui passent… par un nouvel endettement. Il faut solder la dette de la spéculation, pour pouvoir refaire de la dette vertueuse.
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