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UPM : comment Jouyet a joué Berlin et Bruxelles contre Paris

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Suite et fin de l'enquête sur les coulisses de l'Union pour la Méditerranée qui doit être crée le 13 juillet. Aujourd'hui : la nature même de l'UPM est remise en question, du fait des difficultés qu'elle rencontre.

UPM : comment Jouyet a joué Berlin et Bruxelles contre Paris
Bref, il y a le feu et le Président français est appelé à la rescousse. Il rencontre Angela Merkel à Hanovre le 3 mars. Il a été dûment briefé par l'équipe de Guaino. Point fort du raisonnement français : l'UPM n'est rien d'autre que la transposition «sudiste» de l'Union baltique que l'Allemagne anime avec des pays voisins «nordistes» de l'Union, comme la Russie. La France ne demande donc rien d'autre que l'égalité : de même que la France n'est pas conviée à l'Union baltique, l'Allemagne n'est pas indispensable à l'UPM, qui réunit des pays européens et du sud sur une base égalitaire : un pays, une voix. ce fameux 3 mars cependant, Angela Merkel se montre d'une très grande fermeté. Elle y aurait, selon plusieurs sources, été encouragée par le Secrétaire d'État aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet. Ce dernier ne s'est pas contenté d'expliquer la volonté présidentielle. Il a alerté les Allemands sur les dangers que ce projet ferait courir à l'Union européenne. Et surtout, il n'a pas hésité, encouragé en cela par Jean David Levitte, à expliquer à la Chancelière que le camp français n'était pas homogène et que le Président était sans doute prêt à reculer, tandis qu'il informait le Président d'une fermeté allemande qu'il avait lui-même contribué à forger ! On retrouve d'ailleurs les traces publiques de cette ambivalence.
Au point que certains, à l'Élysée ou à l'Hôtel Marigny, parlent de forfaiture, qui, rappelons-le, consiste, pour un haut fonctionnaire, à violer sciemment certains des devoirs de sa charge. D'autres, et notamment Guaino qui veut «oublier» ce conflit, banalisent l'affaire en rappelant que les diplomates sont assez coutumiers de ce genre de double jeu.
Sarkozy doit donc reculer. Le compromis qui en découle n'est cependant pas indigne : d'un côté, les 27 pays de l'Union font partie de l'UPM; de l'autre, le principe de la co-présidence et de l'égalité entre âys du sud et du nord est maintenue.
En fait, le destin de l'UPM dépend de l'interprétation que l'on fait du compromis franco-allemand. C'est ici qu'intervient Bruxelles dans ce jeu de quilles passablement compliqué.

Qui assurera la co-présidence ?
L'UPM doit être dirigée par un co-président : un Européen d'un côté, un homme ou une femme du Sud de l'autre. Pour la Commission de Bruxelles, c'est naturellement le Président de l'UE, dont le Traité de Lisbonne prévoit la création, qui devait assumer la co-présidence de l'UPM. Et comme il représente 27 états quand les pays du Sud ne sont que 13, l'UPM sera «naturellement» dirigée par l'Union. Oui mais voilà, le non irlandais rend cette option, contestée par les Français, impossible en janvier 2009. Du coup, Bruxelles souhaite que l'UPM soit dirigée par le Président tournant de l'UE. Ce que les Français refusent : comment fonctionner avec une présidence changeant tous les six mois ? La France exige donc que le délégué de l'Union mandaté pour co-président l'UPM dispose de deux ans.
A travers ce différend c'est la nature même de l'UPM qui est en question : soit simple prolongement des accords de Barcelone, qui institutionnalisent l'aide au développement des pays du Nord ; soit création d'un nouveau processus dans lequel les pays de l'Union et ceux du Sud se situent sur un strict plan d'égalité. Le compromis franco-allemand a refroidi les ardeurs de bien des dirigeants du Sud. Ainsi, comme les médias ne l'ont pas noté, les réticences de Kadhafi procèdent d'un rejet du projet initial et non d'une nouvelle pomme de discords avec la France, comme le montre la lecture de son communiqué : «L'initiative de notre cher ami Sarkozy a été rejetée fermement par l'Europe» Un compromis a des chances d'aboutir d'ici au 13 juillet prévoyant une présidence de 18 mois : les Allemands se montrent aujourd'hui plus conciliants que Bruxelles. Avec Bruxelles, le différend ne porte pas seulement sur l'organisation mais aussi sur les projets de co-développements, la raison d'être de l'UPM. «C'est un dialogue de sourds», se plaint l'un des hauts fonctionnaires du Comité de pilotage : «Les gens de Bruxelles nous disent : nous n'avons pas d'argent pour financer des projets trop ambitieux. Mais personne ne leur demande d'argent ! L'UPM peut très bien autofinancer ses projets.» Comment ? Ce n'est pas difficile à deviner. L'espace méditerranéen est un marché important que XXIe siècle. Les grandes entreprises de secteurs d'équipement (eau, télécommunications, BTP, nucléaire) sont prêts à investir à long terme. Par ailleurs, plusieurs pays du Sud sont aujourd'hui dans une situation financière florissante du fait de la hausse du pétrole et des matières premières. Certains fonds souverains sont donc très intéressés par l'UPM. La facilité des financements devrait apparaître lors de la présentation de certains projets comme celui sur la dépollution, qui sera présenté le 13 juillet.

Lire la première partie de cette enquête, intitulée «Le Non irlandais, nouvelle chance de l'Union pour la Méditerranée ?».

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